Antibiotiques : quand les bactéries font de la résistance

Quelques questions réponses sur les antibiotiques
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La surconsommation d’antibiotiques a favorisé l’antibiorésistance. Cette capacité naturelle des bactéries à muter pour survivre compromet la possibilité de soigner des infections courantes. Quelles solutions à ce problème de santé publique ?

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Rédigé par : Comité éditorial Giphar
Relu et approuvé par : Comité éditorial Giphar
Mis à jour le : 08/11/2018

Les antibiotiques sont efficaces sur tous les microbes

  Faux.

 

Les antibiotiques n’ont d’effet que sur les bactéries, et pas sur toutes en même temps. Ils sont donc, contrairement aux antiseptiques, inefficaces sur les virus et sur les champignons. Par conséquent, on ne soignera pas les maladies virales (telles que le rhume ou la grippe) avec des antibiotiques.

 

Dans le monde, de 50 % des antibiotiques sont prescrits aux animaux

Vrai.

 

Ils servent à traiter et à prévenir les infections, et à accélérer la croissance animale (une pratique interdite en Europe). Cette surconsommation génère des bactéries multirésistantes qui contaminent la viande et les cours d’eau, et donc l’eau potable. (1)
 

Seuls les surconsommateurs d'antibiotiques sont menacés

Faux.

 

C’est la bactérie qui devient résistante, pas la personne soignée. Les bactéries multirésistantes se propagent par physique mais aussi via l’environnement. L’agglomération parisienne rejette ainsi dans ses eaux usées entre 40 et 100 mg de bactéries par litre, dont 30 à 50 % de bactéries résistantes. (2)

 

En France, la consommation d'antibiotiques baisse

 

Vrai et faux.

 

Vrai pour les animaux, mais faux pour l’homme. En 2016, la législation européenne a interdit l’utilisation des antibiotiques comme facteurs de croissance dans les élevages, entraînant la baisse de prescription d’antibiotiques en médecine vétérinaire. Mais la consommation d’antibiotiques pour la santé humaine croît depuis 2010. La France consomme un tiers d’antibiotiques de que la moyenne européenne, et trois fois que les pays les vertueux ! (3)

 

Les huiles essentielles sont efficaces contre les bactéries 

Vrai.

 

Pharmacologue et microbiologiste, le chercheur marocain Adnane Remmal a eu une idée de génie pour combattre la résistance des bactéries aux antibiotiques : associer aux antibiotiques des huiles essentielles dont les puissantes propriétés antimicrobiennes sont reconnues. Cette combinaison bloquant les mécanismes de résistance lui a valu le prix de l’Inventeur 2017 par l’Office européen des brevets. Sa découverte est encore au stade préclinique. Plus d'infos sur

 

La résistance des bactéries aux antibiotiques est un phénomène récent

Faux.

 

L’antibiorésistance est un processus d’adaptation des bactéries aux traitements qui les ciblent. Le problème est lié au mauvais usage et à la surconsommation d’antibiotiques. Certaines infections telles que les infections urinaires, la tuberculose, la septicémie et la gonorrhée deviennent très difficiles à traiter, suite à la perte d’efficacité des antibiotiques. (4)
 

La recherche redémarre pour trouver de nouveaux antibiotiques

Vrai et faux.

 

Entre la découverte de la pénicilline en 1928 et la fin des années 1980, une centaine de familles d’antibiotiques ont vu le jour. Depuis, la recherche a cessé et redémarre depuis peu à petite échelle. De possibles nouveaux traitements ciblant les bactéries résistantes, tout en laissant la flore intestinale intacte, ou d’autres à base d’anticorps monoclonaux. Mais peu de médicaments réellement nouveaux sont à attendre. (5)
 

En voyageant, on peut rapporter des bactéries résistantes


Vrai.

 

C'est particulièrement vrai en zone tropicale, et si l’on est traité par antibiotique pour une diarrhée contractée sur place, le déséquilibre intestinal étant un facteur favorable. On s’expose à 72,4 % de risques d’être au de bactéries multirésistantes en Asie du Sud-Est et à 47,7 % en Afrique subsaharienne. (6)


Chaque prise d’antibiotique déstabilise la flore intestinale


Vrai.

 

Un antibiotique détruit les bonnes bactéries dans notre intestin, mais aussi dans d’autres parties sensibles de notre corps (le vagin, la bouche…) en même temps que les mauvaises. D’où l’importance de ne prendre des antibiotiques que lorsque c’est vraiment nécessaire et d’associer leur prise à des probiotiques, pour leur effet protecteur. (7)

 

 

« Nous avons autant de bactéries que de cellules à l'intérieur de notre corps, notamment dans notre intestin, notre bouche, notre peau. En tuant les bactéries sensibles, un antibiotique favorise la prolifération des bactéries résistantes. » Céline Pulcini, professeur en maladies infectieuses au CHRU de Nancy et experte auprès du ministère de la Santé sur le sujet de l’antibiorésistance.

 

Un Chiffre sur les antibiotiques 


Plus de 90 % des antibiotiques sont consommés en médecine de ville et 7 % en établissements de santé.
Source : Anses / ANSM, novembre 2017.


Antibiotiques : pour aller loin


La liste des antibiotiques « critiques », c’est-à-dire favorisant que d’autres la sélection de bactéries résistantes, et donc « à risque », est consultable sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé :
Retrouvez d’informations dans les dossiers du site de l’Assurance maladie :  avec le mot-clé « antibiotiques »

 

Conseil du pharmacien

En cas de doute sur la nature d’une angine, votre pharmacien peut vous proposer un simple test permettant de déterminer si elle est d’origine bactérienne ou virale. Josyane Castagna, pharmacien à Toulon (Var)

 

Sources

(1) Organisation mondiale de la Santé (OMS), bulletin 2015 ; 93 : 217-218.

(2) Ministère de l’Environnement, Théma, février 2017.

(3) Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé : rapport « L’évolution des consommations antibiotiques en France entre 2000 et 2015 », janvier 2017.

(4) 

(5) Source : Agence nationale de la recherche.

(6) Étude Voyag-R. Ruppé E et al. Clin Infect Dis. 2015 Aug. National Library of Medicine, National Institutes of Health.

(7) Le Charme discret de l’intestin, de Giulia Enders, Actes Sud, 2017.

 

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